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en France, un homme était déjà infecté fin décembre 

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En réanalysant des prélèvements, des médecins de Bondy ont trouvé un cas remontant au 27 décembre 2019.

L’homme a 42 ans, est marié, a deux enfants. Il vit à Bobigny et, ce 27 décembre 2019, se présente aux urgences avec une toux teintée de sang, des maux de tête et de la fièvre. Voilà quatre jours qu’il n’est pas bien. L’un de ses enfants a présenté un syndrome grippal quelques jours plus tôt, et l’homme souffre d’asthme et d’un diabète de type 2. Un scanner thoracique montre des opacités dans les lobes inférieurs des poumons, les analyses biologiques réalisées sont cohérentes avec une infection virale. Une grippe? La saison bat son plein. Mais les tests virologiques ne trouveront rien. L’homme est admis en soins intensifs, reçoit de l’oxygène et une antibiothérapie. Deux jours plus tard il rentre chez lui, pas encore guéri mais suffisamment remis pour ne plus avoir besoin d’une surveillance rapprochée.

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Ça n’est que bien plus tard, en avril, que le diagnostic tombera: «Vous avez eu le Covid-19», lui annonce l’hôpital Jean-Verdier, à Bondy (Seine-Saint-Denis), où il a été soigné. «Il n’a pas été surpris plus que cela…», note le Pr Yves Cohen, chef du service de réanimation à Jean-Verdier et à Avicenne (Bobigny).

Mais fin décembre, personne ne pouvait évidemment suspecter le Covid-19: le 27 décembre, c’est aussi le jour où ont été, en Chine, notifiés les premiers cas d’une mystérieuse pneumopathie aux autorités sanitaires de Wuhan. Aucun test PCR n’aurait évidemment permis de retrouver la trace du SARS-CoV-2, puisque les séquences génétiques n’étaient pas encore identifiées. Le patient de Bondy, lui, a été fatigué une quinzaine de jours, mais n’a pas présenté d’autres symptômes.

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C’est grâce à la curiosité de l’équipe hospitalière qu’il a finalement reçu un diagnostic. Sur une idée du Pr Jean-Ralph Zahar, chef du laboratoire de bactériologie-virologie-hygiène à l’hôpital Avicenne, l’équipe a réanalysé «toutes les PCR qui avaient été testées chez les patients qui avaient des pneumonies en décembre et en janvier pour lequel le diagnostic était négatif», a expliqué Yves Cohen au micro de BFM. Les chercheurs se sont replongés dans les dossiers des patients admis entre le 2 décembre et le 16 janvier, avec des symptômes cliniques pouvant correspondre au Covid-19, et des tests PCR n’ayant pas permis de confirmer une grippe ou autres infections virales. De ce tri, sont restés 14 échantillons nasopharyngés (9 prélevés en décembre 2019 et 5 en janvier 2020), indique l’équipe dans sa publication accessible sur le site de l’International Journal of Antimicrobial Agents. «Pour l’un d’entre eux, ça a matché», résume Yves Cohen. Pour tenter d’exclure une erreur, le test a été réalisé à deux reprises, avec deux techniques différentes. Des tests sérologiques seront peut-être effectués sur le patient et sa famille pour déterminer s’ils possèdent des anticorps contre le SARS-CoV-2.

Impasse virologique

L’équipe a voulu en savoir plus sur son patient, et comprendre où il a pu être infecté. Né en Algérie, l’homme vit en France depuis longtemps. Son dernier voyage remonte à août 2019, en Algérie, et «il ne travaille pas», précise Yves Cohen. «Il n’a aucune particularité.» Aucune, sauf… son épouse, qui «travaille dans un supermarché à la poissonnerie, à côté de gens originaires de Chine et qui vendent des sushis», raconte le médecin. A-t-elle pu être infectée et, tout en restant asymptomatique, transmettre le virus à son époux et à ses enfants? «C’est impossible pour moi de le dire», admet le Pr Cohen, qui a transmis le dossier à l’Agence régionale de santé en fin de semaine dernière. Charge à eux de remonter le fil pour comprendre si (et comment) le virus a pu circuler. «Peut-être que l’on retrouvera des patients de Seine-Saint-Denis hospitalisés en janvier, qui habitaient dans le même quartier», glisse Yves Cohen.

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Ou peut-être, tout simplement, la famille de Bobigny a-t-elle été une impasse virologique. Les premiers «clusters» sur le sol Français n’ont émergé que mi-février à la station de ski des Contamines, puis fin février dans l’Oise et le Grand Est. Mais rien n’empêche que des cas plus anciens soient apparus, de-ci, de-là, sans être à l’origine d’une épidémie. Car pour prospérer, un virus ne doit pas seulement rencontrer un hôte. Ce dernier doit aussi être en contact avec suffisamment de personnes susceptibles d’être à leur tour infectées.

«Nous allons nous tourner vers l’hôpital pour qu’ils nous envoient leur prélèvement», indique le Pr Bruno Lina, responsable du Centre national de référence virus des infections respiratoires (dont la grippe) à Lyon. «Nous utiliserons nos outils, plus poussés, pour comprendre ce qui a pu se passer. On pourra par exemple faire du séquençage pour mener des études phylogénétiques et regarder d’où vient le virus.»

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Depuis des semaines, les couloirs des hôpitaux et les cabinets médicaux bruissent de ces grippes «bizarres» vues au cœur de l’hiver. «Ils ont eu une super idée, on va tous le faire», lance un médecin hospitalier. Soigneusement congelés, les prélèvements réalisés sur ces étranges grippes de décembre et janvier ont une chance de voir leur carrière prendre un tour nouveau…

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